carton

29 août - 3 octobre 2015

InCollabo Hadès

Et si Orphée ne s’tait pas retourné, que serait-il arrivé ?
Travaux de collaboration entre artistes

Marc Audette ↔ Diane Génier ↔ François Chalifour

commissaire: Richard Gagnier

vernissage le samedi 29 août de 14h à 17h.
372 Ste-Catherine Ouest suite 221
Montreal, Quebec, Canada
H3B 1A2

Ouvert le samedi de 12 h à 17 h

face   
pfoac

TEXTE DE PRÉSENTATION /    BIOGRAPHIES  /    OEUVRES




view   view


view   view


view   view


view   view


view    





TEXTE DE PRÉSENTATION

INCOLLABO HADÈS

Travaux de collaboration entre artistes.

Marc Audette ↔ Diane Génier ↔ François Chalifour

Si des artistes en arts visuels convient la figure d’Orphée comme agent provocateur à une réflexion qui investit la pratique du dessin, autant que celle de la photographie, c’est qu’il y est question de regard et ultimement de la fabrication de l’image de la nostalgie. Orphée avait reçu comme instruction de ne pas se retourner avant la sortie d’Hadès, ce à quoi la présence vive d’Eurydice lui serait rendue au monde des vivants. Eurydice, son aimée qu’une malencontreuse morsure de serpent avait anéantie et réduite à se confondre dans le monde des ombres. Mais elle lui échappa à jamais, à nouveau perdue, justement parce qu’il voulait la contempler. Cette perte, qui se perpétue, ne peut être que le signe de la nostalgie, justement parce qu’elle s’active sans cesse, qu’elle ne pourra trouver le repos. En cela elle est génératrice.

Effectivement à ce regard qui devait de se suspendre, se juxtapose la possibilité d’envisager l’éblouissement, intriqué avec celui du désir, cette stase du désir qui trouve sa figure dans celle de l’aveuglement. Cette stase qui rend l’autre invisible, impossible à maintenir dans le regard, et pourtant saisissable par son image que le regard perpétue, tracé du dessin ou construction du rendu photographique. Car cet espace suspendu, l’imaginée d’Eurydice, qu’Orphée aurait dû maintenir, trouve une possible expression et donc une existence par cette autre légende qui serait à l’origine du dessin; par cette autre amoureuse, Dibutade, jeune corinthienne, qui apercevant l’ombre portée du profil de son amant au moment du départ décida d’en tracer le contour sur cette surface. Ombre portée qu’une source lumineuse génère. Dibutade, tout à coup aveugle dans l’instant à son amant, trop occupée à saisir son ombre. Détournement du regard au profit de l’image.

Dès lors, elle aussi ne pourra espérer l’autre, que par les subterfuges de la nostalgie. En faisant rejaillir une ombre de la lumière. Tout comme Orphée espérait faire jaillir Eurydice de son Ombre, autre figure de l’éblouissement qui serait aussi l’essence du photographique. Dibutage, Orphée, confondus dans le principe actif du masculin-féminin. En cela aussi la pratique de l’autoportrait en combiné semble légitime, ce travail superposé de Marc Audette et de Diane Génier. La collaboration entre artiste est possible. Dans le meilleur des cas, c’est qu’il y a de l’oubli, que le regard se porte en avant de soi, vers des enjeux souvent inconnus de l’un et de l’autre, établissant ce rapport absolu de confiance mutuelle permettant l’exploration. On peut soupçonner le risque de sa propre représentation mise en partage. Imaginée avec la joie non discriminée de s’adonner à tous les remaniements du monde à tenter le devenir de l’autre, à s’y confondre, à fustiger sa figure, à faire apparaître et à se confronter à son ombre, pour mieux se reprendre, individuée, permet sans doute la rédemption. Elle fut imaginée.

La narrativité de la légende d’Orphée porte profondément le sceau de l’exploration ne serait-ce que dans l’invention de la propre exploration d’Orphée à la recherche d’Eurydice, dans l’appréhension du monde des ombres à imaginer, d’un territoire à dessiner. Il y aurait donc révélation, le geste photographique prenant dans cette perspective tout son sens. C’est qu’il y est aussi convié le monde de l’insondable, qui ne peut trouver expression que par celui du silence stupéfait - n’est-il pas raconté par Ovide qu’Orphée, s’étant retourné, resta figé de stupeur ? - d’une tentative du geste dessiné ou par l’apparition de l’image photographique dans le bain révélateur. Le dessin serait ici une pratique exemplaire, fonctionnant à l’aveuglette jusque dans sa gestuelle. N’est-il pas celui qui s’inscrit à tâtons, sans projet définitif, portant les deux bras, la main, le doigt vers l’avant, au-delà de soi, muni d’une extension à tracer, selon la même gestuelle de représentation des aveugles dessinés, exprimant son propre dispositif d’état sidéré, abandonné ?

La pratique de ces trois artistes joue dans ces sphères de l’exploration. Avec la photographie ou l’image vidéographique Marc Audette se tient bien souvent dans le monde des ombres. Tout comme Diane Génier s’y est maintes fois maintenues avec la pratique du dessin. Si ce projet a pu prendre la forme de cette réflexion, c’est qu’il y a eu invitation il y a quelque temps de la part de François Chalifour auprès de Diane Génier de partager la pratique du dessin, par maints croisements, en prenant pour première assise le carnet de dessin. Le beau prétexte fut de suggérer qu’Orphée aurait tout aussi bien pu ne pas se retourner…

Nous, les orphées de ce projet, voudrions dédier cette exposition à Diane Génier (1956-2015). Comme Orphée, Diane est allée aux Hadès et en est revenue. Et ce fut plus d’une fois m’a-t-elle assurée un jour, il n’y a pas si longtemps. Aujourd’hui elle en explore de nouvelles confluences… à demeure.

Note : Ce texte est redevable en partie à la relecture de l’essai de Jacques Derrida, rédigé dans le contexte d’une invitation à porter un autre regard à la collection du cabinet de dessins du musée du Louvre, Mémoires d’aveugle, L’autoportrait et autres ruines (Editions de la réunion des musées nationaux, 1990).

Richard Gagnier
Commissaire

Richard Gagnier a longtemps été associé au Centre d'artistes AXE NÉO7 à Gatineau comme membre du collectif de programmation et membre du conseil d'administration. Il y a réalisé plus d'une dizaine de projets de commissariat notamment "Faire oeuvre d'incrédule" (exposition solo de Miguel Berlingua), "Fissions Singulières" - oeuvres contemporaines au Diefenbunker-Musée de la Guerre froide (co-commissaire avec Jacques Doyon), "Passages de la lumière" volet 1 : Shelagh Keeley et François Lacasse. Très actif sur la scène des arts visuels, il est président du conseil d'administration d'Artexte, a siégé au conseil d'administration de la Galerie d'art d'Ottawa et occupe le poste de Chef du service de la restauration du Musée des beaux-arts de Montréal depuis 2007.

 


BIOGRAPHIES

Marc Audette a étudié les beaux-arts à l'Université du Québec à Hull et a obtenu une maîtrise en arts visuels de l'Université York à Toronto. Son travail a été présenté dans des expositions solo et de groupe sur les scènes nationale et internationale, entre autres, dans le cadre du Mois de la Photo à Montréal, au Musée national des beaux-arts du Québec, à la Galerie 44 (Toronto), à la McLaren Art Centre (Barrie) et à la DiVA Videoart Fair (New York). Il est un membre fondateur de l'Association des groupes en arts visuels francophones (AGAVF), un organisme national de service aux arts visuels qui représente les groupes artistiques actifs dans les communautés francophones à l'extérieur de la province de Québec. Il enseigne les arts visuels au Département d'études pluridisciplinaires du Collège universitaire Glendon à Toronto et est le commissaire des expositions à la Galerie Glendon depuis 2001. Son travail peut être trouvé dans plusieurs collections publiques et privées, y compris La Banque DT, la Ville d'Ottawa, le Musée national des beaux-arts du Québec, et le prestigieux bureau d’avocats Osler, Hoskin & Harcourt LLP.

__

Diane Génier développe principalement les techniques et les matériaux du dessin : papier, projection, ombre, installation, vidéo, nouveaux media, espace virtuel, feu et flammes. Sa pratique aborde l’espace personnel, examinant la part de récupération dans l’unicité du regard. Ses dernières œuvres explorent les rapports entre la construction et la lecture de l’image et la mémoire en tant que lieu d’archivage, source et structure du geste et du tracé.

Diane Génier a terminé sa formation à l’Université Laval à Québec (1981). Elle est membre fondatrice du centre d’artiste AXENÉ07 (1982) et du centre de production photo-vidéo-nouveaux média DAÏMON (1986). Elle présente ses œuvres depuis 1984 et a aussi réalisé plusieurs projets d’intégration des arts à l’architecture dans la région de l’Outaouais. Elle mena parallèlement à sa carrière artistique une carrière en administration des arts consistant essentiellement à la direction, la coordination et à la gestion administrative des programmes d’expositions et d’activités. Elle a été chargée de cours à l’Université d’Ottawa, à l’ÉMI et au Cégep de l’Outaouais pour l’enseignement des arts visuels de 1993 à 2010.

Elle se consacre entièrement à sa production depuis 2010.

Diane Génier est décédée le 31 mai 2015 des suites d’un cancer ; tout au long de sa maladie, elle a travaillé à sa production artistique, principalement au sein du Groupe Hécate, qu’on peut retracer par cinq expositions en Outaouais — Le Projet Orphée, Leçon de dessin —, à Montréal — InCollabo Hadès — et à Saint-Hyacinthe — Les Jardins, la mort d’Eurydice. (F.C.)

__

François Chalifour s’intéresse au dessin. Sa pratique artistique, qui s’étend sur plus de trente ans, en questionne la définition comme genre et le traite plutôt comme une disposition psychomotrice, une attitude. Par le dessin, il investit des techniques diverses comme la peinture, l’installation, la vidéo et les arts technologiques. Il compte de nombreuses expositions au Québec, au Canada et en France.

François Chalifour a fondé en 2012, avec l’artiste gatinoise Diane Génier, le Groupe Hécate qui explore le potentiel dynamique du dessin comme mode d’expression primaire. L’approche du Groupe Hécate transcende les catégories conventionnelles à travers une exploration des façons toujours renouvelées du dessin. Il compte, depuis sa fondation, cinq expositions au Québec et une réalisation expérimentale, le Projet Orphée, dans la voûte immersive de réalité virtuelle du Laboratoire de cyberpsychologie de l’UQO.

François Chalifour a par ailleurs publié de nombreux textes critiques et théoriques et a participé à titre de co-auteur à la rédaction de trois livres dont le dernier, avec Nycole Paquin et Serge Fisette, Espaces utopiques : projections et prospections : sculpture et installation.


OEUVRES

MARC AUDETTE ↔ DIANE GÉNIER

Theamoi   Theamoi   Theamoi   Theamoi  Theamoi
Théamoi 2
  Théamoi 3
  Théamoi 4
  Théamoi 5
  Théamoi 7

DIANE GÉNIER ↔ FRANÇOIS CHALIFOUR

metopes
François Chalifour et Diane Génier
Métope 1-8
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")


metope   metope   metope   metope  metope
François Chalifour et Diane Génier
Métope 2
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
  François Chalifour et Diane Génier
Métope 4
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
  François Chalifour et Diane Génier
Métope 5
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
  François Chalifour et Diane Génier
Métope 9
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
  François Chalifour et Diane Génier
Métope 11
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")


metope   metope   metope    
François Chalifour et Diane Génier
Métope 12
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
  François Chalifour et Diane Génier
Métope 13
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
  François Chalifour et Diane Génier
Métope 14
encre, pigment, graphite, gesso, cire et noir de fumée sur papier
2014
130 x 122 cm(51" x 48")
       


FRANÇOIS CHALIFOUR

ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere
François Chalifour
Elle lumière #1
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #4
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #5
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #3
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #7
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")


ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere
François Chalifour
Elle lumière #9
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #10
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #11
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #12
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #13
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")


ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere   ellelumiere  
François Chalifour
Elle lumière #14
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #17
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #18
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
  François Chalifour
Elle lumière #24
ruban-cache sur écoline sur papier bond
2013
36 x 28 cm (14" x 11")
   


_______
contact