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Carte blanche à Alexandre Castonguay avec Ross Birdwise

29 octobre - 3 décembre 2005


VUES DE L'INSTALLATION¬† | TEXTE DE PRÉSENTATION | LIENS¬†


VUES DE L'INSTALLATION 





TEXTE DE PRÉSENTATION


Pierre-François Ouellette art contemporain est heureux de présenter deux expositions de Alexandre Castonguay et de Ross Birdwise. Alexandre Castonguay est reconnu pour créer des environnements technologiques où le spectateur prend conscience de sa relation avec l’œuvre. C’est notamment le cas avec Portapak qui est un long panorama vidéo réalisé depuis un train en partance d’Ottawa qui entre en gare au cœur de Montréal. Par le biais d’un écran tactile, l’artiste permet au regardeur de déterminer la vitesse et la direction du train. Mais, la linéarité du paysage crée un palindrome, c’est-à-dire que l’information est lisible autant de droite à gauche que de gauche à droite. En somme, peu importe l’intervention du spectateur, l’image crée continuellement son propre sens.

À l’intérieur des œuvres d’Alexandre Castonguay, nombreuses sont les références croisées à la technologie et à l’histoire de l’art. Le titre de l’œuvre ainsi que le support de l’écran tactile, le boitier d’une portapak, font directement référence aux premières caméras vidéo portables commercialisées vers la fin des années ’60 par la compagnie Sony. À l’époque, cette nouvelle technologie a permis une démocratisation de ce moyen de communication. Il était possible, dorénavant, pour le grand public de créer ses propres documentaires et ses films et de les visionner immédiatement après le tournage. C’est d’ailleurs grâce à cet outil que l’expérimentation de la vidéo d’art a pu voir le jour. Alexandre Castonguay met donc en relation l’ancien mode vidéo avec le numérique et permet au spectateur d’avoir un contrôle instantanné sur l’image enregistrée.

 

"The introduction of the portapack into artistic formulation was paramount. In the late 1960's the use of video was confined to close circuit installations, a very elegant solution to the use of video in the gallery. With the invasion of tape on the scene it took some time to settle the problem of exhibition. Speaking to Steina about reel to reel machines Bruce Nauman put it more directly: "I almost dropped video when tape was introduced; when the tape ran out there was no one in the gallery to rewind it, thread it and run it again."

It was an entirely different story for the socially engaged. The portapack was considered a revolutionary tool, almost a weapon against the establishment. Overnight it dissolved the hegemony of documentary films. A vast number of genres sprang up (including the notorious 30 minute single take), and the documentary branch was never the same again.

The middle ground was also interesting. With tape new networks of distribution were quickly established. Video became truly international. It was easy to duplicate, mail, and view. With the introduction of the video cassettes in 1973 it became even easier, and harmonized with the exhibition purposes of video. By the mid-1970's video as art was fully entrenched in the galleries, with many developed genres, forms and concepts.

Only a few people tried to develop the so-called "abstract" genre. It failed in the first decade entirely. We and other people dealing with early synthetic images used tape primarily as extended studio material (input), and secondarily as a method of documentation of these new processes and phenomena unexpectedly popping up in front of our eyes." - Woody Vasulka

L’image représente le ‘Cube’ du Institut für Elektronische Musik und Akustik (IEM) de Graz, en Autriche. C’est un espace conçu pour le développement et la performance de la musique électro-acoustique ambisonique à 24 canaux. Le IEM est impliqué dans la création de l’environnement de programmation visuel PureData (PD) et a été un des partenaires organisateurs de la première convention internationale sur ce logiciel en 2004. Le Cube est le pendant audiophonique du “CAVE” , des instituts de recherche en réalité virtuelle. Mon intérêt consiste en la mise en relation du visuel et du sonore et du cadre immersif que l’un et l’autre promettent au spectateur. La traduction de l’espace en termes photographiques s’inspire de la pratique contemporaine de la musique électronique pour révéler en termes visuels le dispositif de l’image.

À première vue, l’espace apparaît uniforme, il est soutenu par une logique interne. Les haut-parleurs se déploient régulièrement autour de huit lignes s’étendant au sol depuis l’avant-plan. Il s’agit en fait d’une étoile à huit branches dont le centre marque le point idéal pour l’écoute. Cette logique est rendue visible par l’artifice de la correspondance d’un espace tri-dimensionel à un espace à deux dimensions.

Les pièces musicales inscrites au programme sur l’écriteau (près du piano) proposent des pistes qui aident à l’analyse de l’oeuvre. L’étude de la différence et de la répétition de Bernhard Lang interprétée par Miller Puckette (auteur original de PureData) fait référence au texte de Gilles Deleuze. Ses séquences en boucles, passages abrupts et syncopes trouvent un écho dans la facture photographique, ses repiquages nombreux et l’arbitraire de certaines des liaisons des images sources. L’observateur est invité à considérer le dispositif de la représentation et évite ainsi de passer dans la facilité du spectacle de la représentation tout en étant face à une image qui révèle son architecture interne rapidement.

À l’instar de mes œuvres médiatiques, la série photographique révèle mon intérêt pour le discours sur la représentation. Les sujets ont un rapport avec une compréhension scientifique du monde (Observatoire et Soufflerie) et font référence à leur construction (Chantier et Construction). Cube est conçu comme une réflexion sur les espaces immersifs et sa traduction en termes visuels explicite et exploite son artifice. Sa plus grande dimension par rapport aux autres œuvres de la série permet d’entretenir une tension entre l’expérience immédiate de l’oeuvre (son spectacle) et la révélation plus évidente des traces de sa manipulation.

Depuis environ dix ans, Alexandre Castonguay se consacre à une production multidisciplinaire réalisée au moyen de la photographie, de la vidéo, de l’installation informatique et de l’Internet. Originaire de la région de l’Outaouais où il vit et travaille, Castonguay enseigne au département des arts visuels de l’Université d’Ottawa. Il est également membre fondateur et directeur artistique d’Artengine, un site Web créé par et pour des artistes visuels et nouveaux médias. Artiste engagé sur les plans social et politique, il contribue activement aux efforts de développement de logiciels gratuits. Il compte à son actif de nombreuses expositions personnelles et de groupe.

L’installation Portraits vidéo de Ross Birdwise explore les tensions entre l’image fixe et mouvante, entre la photographie et la vidéo, entre le son et l’image, de même qu’entre la mémoire et le temps présent. Pour réaliser ces Portraits, l’artiste a filmé en vidéo des personnes se tenant relativement immobiles, affichant d’abord une expression neutre, puis s’agitant peu à peu; se livrant à des mouvements soudains, à des tics, à des sourires ou à des rires nerveux. Durant le processus de montage, les vidéos furent transformées en séquences répétées de très courtes boucles traduisant une impression de stase. Dans l’installation, cependant, ces boucles sont itérées sur de longues périodes, de sorte que l’impression de stase est périodiquement étirée et dissoute au profit d’une lecture plus « normale » du temps et du fléchissement progressif des individus filmés. Les boucles mécaniques, courtes et répétées, représentent des images fixes. Celles-ci néanmoins bougent légèrement, font allusion aux moments précédant et suivant la genèse de l’image fixe. Lorsque les boucles s’étirent, le mouvement mécanique disparaît et le temps coule de façon plus « normale ». Ceci est de la vidéo, soit « l’après » qu’une photographie ne peut saisir. Si la présentation en boucle des sujets semble a priori les déshumaniser, les transformer en automates, elle permet aussi au regardeur de découvrir les nuances et les modulations subtiles de l’environnement immédiat et des expressions faciales des sujets. Il en résulte un rapprochement paradoxal entre les effets respectifs de la mécanisation et de l’humanisation : les sujets font l’objet d’une représentation unique, tout en étant standardisés par les interventions de l’artiste. Portraits vidéo explore également comment le potentiel expressif des différents sujets est à la fois exploité et contraint par le processus de représentation lui-même.

Ross Birdwise s’intéresse à une variété de thèmes qu’il explore au moyen de nouvelles technologies, d’art visuel et audio et de la musique. Il réalise le plus souvent des œuvres exigeantes, invitant à une réflexion sur le médium et sur la représentation elle-même, tout en étant viscérales, émotives, formellement engageantes et à l’occasion humoristiques.

Ross Birdwise vit et travaille à Ottawa. Il est titulaire d’un baccalauréat en arts visuels, avec un majeur en photographie et nouveaux médias, de l’Université d’Ottawa. Son travail fut récemment présenté au laboratoire d’Artengine et au Mercury Lounge, à Ottawa, dans le cadre de l’exposition de groupe Projections urbaines. En collaboration avec le musicien électronique Nathan Medema, Ross a contribué à la composante sonore de l’installation Générique d’Alexandre Castonguay. Parallèlement à son travail d’artiste, il assume la coordination et la direction artistique de concerts de musique actuelle et joue dans le groupe expérimental d’Ottawa if then do. L’artiste souhaite remercier Artengine, Alexandre Castonguay, Pierre-François Ouellette, Nathan Medema, Darsha Hewitt et Sul Pont.


LIENS

- Page d'artiste de Alexandre Castonguay sur le site web de la galerie




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