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Marc Audette + Barbara Steinman : Intervalles

27 août - 15 octobre 2005


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VUES DE L'INSTALLATION 





TEXTE DE PRÉSENTATION


Pierre-François Ouellette art contemporain est heureux de présenter deux expositions de Marc Audette et de Barbara Steinman. Marc Audette présente Cran (2005), une image dédoublée, totalement abstraite, qui ne peut être comprise par le spectateur que si ce dernier bloque l'image qu'envoie l'un des projecteurs. « Cette action – de la dépendance d'une image fixe envers l'intervention humaine- rappelle le daguerréotype, qui doit être tenu en main basculé de l'avant vers l'arrière pour que l'image révèle son éclat. » Le titre de l’œuvre fait écho à la pièce mécanique du système d’engrenage des caméras 35 mm. Ce dispositif se compose de coches situées entre les roues d’engrenages, bloquant temporairement leur fonctionnement. Dans l’œuvre Cran, un écran est placé au centre de deux projecteurs vidéos, obstruant ainsi leurs faisceaux lumineux.

En entrant dans la salle d’exposition, d’un côté le premier appareil projette une image positive sur l’écran, de l’autre côté de la salle un deuxième appareil projette la même image négative sur le même écran. La rencontre de ces deux images sur la surface de l’écran produit leur désintégration pour donner une forme plus ou moins blanche. L’image de la méduse n’apparaît que lorsque le spectateur se glisse entre la projection et l’écran, et qu’un jeu d’ombres projetées s’installe.

L’image à été prise en Turquie, plus précisément à Istanboul à l’intérieur d’une citerne souterraine dans le quartier Sultanahmet dans le cœur historique de la ville. Plusieurs raisons motivent le choix de ce site particulier. La première, très personnelle, remonte au début de ma pratique était nourrie par les pensées de Philippe Dubois sur L’acte photographique. Celui-ci réfléchit, entre autres, sur la relation qu’entretient le spectateur avec l’œuvre en utilisant la propriété de la surface de l’eau comme surface de réflexion et de projection de la pensée. Il nous entretient de notions photographiques par le biais du mythe de la méduse. Ce lieu où eau et méduse sont unis en un seul endroit me donnait une occasion parfaite pour revisiter des notions photographiques qui ont animé les premières années de réflexion de mon travail.

Voilà pour les rapprochements entre l’œuvre et ma propre histoire. Ce n’est qu’une raison parmi d’autres de la création de Cran. Car l’histoire de cette tête géante en pierre donne une dimension toute particulière à l’œuvre. En effet, la méduse, utilisée comme matériel de construction recyclé, ornait jadis la devanture d’une grande maison turque. Selon les croyances de l’époque, elle devait conjurer le mauvais sort. Mais quelque part entre les XIV et XVI siècles, en pleine guerre de religion entre le christianisme et l’islam, l’un des deux belligérants retira la sculpture de la devanture de la maison pour la transporter dans la citerne sous la ville, affirmant ainsi sa suprématie.

Cette mise en contexte m’amène à mentionner une autre raison motivant le choix de ce site pour la capture des images de l’œuvre Cran : Istanboul, ville partagée entre deux continents, l’Europe et l’Asie, entre deux grandes cultures, l’Occident et l’Orient, entre deux grands mouvements religieux, le christianisme et l’Islam. La méduse de la citerne est l’exemple parfait des conséquences de la confrontation entre deux façons de « croire » le monde. Et, bien que l’événement remonte à plus de 500 ans, l’histoire récente nous montre bien que les forces qui opposent ces deux grandes cultures sont plus que jamais en opération. Reste à savoir quoi et qui dans notre culture sera engloutie ?

Barbara Steinman présente Roulette (1993-2005) pour la première fois à Montréal. Cette sculpture sonore est une réflexion sur le risque, la perte et le gain. « C'est un moment où le désire de contrôle, la soumission au hasard et les lois de la chance nous affectent tous … Cette œuvre s'inspire des jeux de hasard dans un casino. » Barbara Steinman dévoilera aussi Tablets : breath et souffle. Ces œuvres récentes font partie de la série de représentations visuelles du son (ondes sonores) présentées en verre. Chaque plaque de verre contient des traces muettes de mots parlés.

La galerie est ravie que ces expositions, qui étaient planifiées depuis quelques temps, aient été intégrées par Martha Langford dans le volet « Une façon de fermer les yeux » pour le Mois de la photo. Comme le souligne la commissaire de l'événement, « Il est significatif que le travail de ces deux artistes, bien qu'il ne soit pas de nature photographique, commente l'histoire de l'invention et de la réception photographique non seulement en affirmant le caractère contingent et fragmentaire de la vision, mais aussi en soulignant que notre acceptation de ces conditions forme le fondement de la communication. »

Marc Audette est titulaire d'une maîtrise en arts visuels de l'Université York (Toronto) où il enseigne présentement. Depuis le milieu des années quatre-vingt, il a présenté son travail dans le cadre d'expositions collectives et individuelles, notamment en France, à Toronto, Montréal, Hull et Ottawa. On retrouve aussi ses œuvres dans les collections du Musée national des beaux-arts du Québec et de la ville d'Ottawa. Cet automne, Marc Audette lance un catalogue intitulé Écran/Screen regroupant les œuvres présentées lors des expositions « Beau temps, mauvais temps/ Rain or Shine » et « Écran » .

Récipiendaire en 2002 du Prix du Gouverneur général dans les arts visuels et en arts médiatiques, Barbara Steinman est reconnue pour ses œuvres innovatrices, son utilisation de la technologie et sa réponse aux sites. Ses sculptures vidéo et ses installations multimédia ont été reconnues internationalement et ont fait partie d'expositions majeures et de biennales à Tokyo (1985), Sao Paulo (1987), « Aperto » à Venise (1988), Berlin et Cologne (1989), Sydney (1990). Durant les années '90, les œuvres de Steinman ont été exposées au Museum of Modern Art et au Jewish Museum, à New York, Stedelijk à Amsterdam, ICA Boston, Tate Gallery, ainsi qu'à Los Angeles et Tokyo, et ont fait partie de la Biennale de Séoul en 2000. Pour plus de renseignements sur le travail de Barbara Steinman consulter: http://www.arsbrevis.com/

1. Martha Langford, « Intervalles. Marc Audette et Barbara Steinman », Mois de la photo, Presse de l'Université McGill.
2. Barbara Steinman: Un écart de logique exposition, Art Gallery of Windsor, Windsor, 1993.
3. Martha Langford, op. cit.


ARTICLES

Dault, Julia. The National Post, At the Galleries, 1 september, 2005

Redfern, Christine. Mirror, Life and Luck, 1-7 septembre, 2005, p53

Mavrikakis, Nicolas. Voir, Audette et Steinman, 1 septembre, 2005. p68


LIENS

- Page d'artiste de Marc Audette sur le site web de la galerie
- Site web de Barbara Steinman

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